#10 « Le Naurne

L’air sent le feu. L’air du dehors: Nisrin, cette fois, a bien éteint la plaque et la résistance électrique qu’elle trempe dans l’eau du thé pour la chauffer et dont elle a pyrogravé par mégarde le motif tortueux, à plusieurs reprises, sur la commode en bois qu’Issa a dégotté en rue. Dehors – la cour; les immeubles ras à noms de peintres ou d’écrivains campés comme des moutons sans berger de ci de là dans l’enclos du Naurne; les murailles aveugles – sent l’incendie. Tout le Naurne et au-delà-par-delà un nuage roux gris s’élève. Le Naurne ne brûle pas. Nisrin est déçue.
Elle rabat le vasistas, aux gonds toujours éplorés. On toque à la porte. La porte encadre Christine Lehmann – lui fait l’effet de l’égérie oblongue d’un motif égyptien un cartouche on appelle ça elle brille. Mais genre vraiment ses dents et le fond de ses yeux le col de sa chemise – respectivement blanches, blanc et blanc – brillent plus fort que le reste de son corps et de son habit et même du décor qui restent muets, fades, sans relief, et Christine Lehmann comme pénètre dents et cou et œil en avant dans Nisrin.
La gorge pressée dans ce col blanc qui luit comme le collier argenté d’un esclave roi, elle lui dit pourrions-nous convenir d’un rendez-vous pour l’enquête nous aimerions en savoir plus sur Livia Zimmerman disons autour de seize heures demain.
Nisrin lui répond j’ai plus l’heure ma montre s’est arrêtée elle ne ment pas c’est vrai c’est arrivé dans la nuit à trois heures onze probablement. La flic rit en rejetant la tête en arrière façon star américaine dans un film américain – ses dents s’allument encore plus comme si elles bouffaient du rai de lumière qui tombe du vasistas, droit – et trifouille sous sa manche clac enlève un bouton du blouson relève le tissu dévoile l’avant-bras nu défait sa montre
Dessous, tatouage d’un idéogramme chinois. Non, c’est une lettre russe ou grecque. Non c’est simplement f, j et y compactés.

A

défait sa montre et enroule la courroie de cuir autour de l’os presque cassant de Nisrin – le cuir est chaud mais genre vraiment – et ferme. C’est serré.
Garde-la c’est un cadeau et Nisrin rougit et la main de Christine Lehmann se referme sur la sienne, la flic s’approche et chuchote IL FAUT QUE JE TE MONTRE QUELQUE CHOSE.

Sernin est réveillé vers vingt heures par le tambour des poings contre sa porte. Il ne sait pas s’il a rêvé. Il fait nuit dans la chambre. La phrase criée n’atteint sa conscience qu’avec retard. Le fils Vandervelde continue de taper, de répéter: «Il y a la feu!»
«J’arrive.» Sernin imagine le Naurne pris dans une tornade de flammes. Il titube à travers la pièce, déverrouille à la hâte, la grêle cesse, Bernard est là, immobile, parfaitement calme. Jauge Sernin froidement et dit: «Ça se passe à côté, à la librairie. Habille-toi. On nous a dit de nous tenir prêts.» Sernin laisse ouvert le temps d’enfiler ses pompes, un pull, une veste. La seule lumière vient du palier, découpée par l’ombre large, épaisse, de l’homme à tout faire.
Ils ne disent rien jusqu’à se trouver dehors. La cour sent le brûlé, la suie. Une fumée très noire monte en panaches énormes derrière le mur d’enceinte. Sernin pense aux puits de pétrole irakiens. Aux feux de camps dans une nuit bleue d’été. Les résidents sont sur leurs perrons, ils regardent, se parlent, téléphonent. Des White Knights montent dans des voitures blanches qui partent, les unes derrière les autres, comme des pompiers en civil, et disparaissent juste après le portail.
Sernin suit le gros bonhomme jusqu’à un groupe de vigiles. Les débats vifs s’interrompent aussitôt. Sernin ne veut pas causer de souci. Il étudie ses pieds, l’agitation autour, les éclats de lumière du foyer invisible. Se demande si une librairie aussi petite peut brûler à ce point. Les livres, il l’a lu, font un mauvais combustible. Peut-être que le foyer est parti dans l’arrière-salle, les archives et les cartes ? Sernin essaie de se souvenir si c’est un soir de réunion de l’association. Essaie de comprendre pourquoi tant d’agitation dans le Naurne.
Il attend encore un peu, sans bien savoir quoi. Puis Patrick, le père Vandervelde arrive et ordonne: «Il faut y aller.» Un autre type le suit : plus vieux, imper trop grand, visage froissé, comme écrasé sous le ciel dans cet espace à découvert. Sernin comprend de moins en moins mais ne dit rien: le regard que lui lance Ulysse, le clodo des chaufferies, est sans appel. Pas maintenant.
Vandervelde père et fils grimpent dans un véhicule de la Sofreco. Ulysse embarque avec eux, les vigiles suivent en hâte. En un rien de temps le fourgon est plein et Sernin a peur soudain de rester en arrière. Va pour les rejoindre quand un dernier White Knight le ramène par l’épaule. Très jeune, yeux verts d’eau, peau mate, brosse blonde. Il lui tend son trousseau de clés et dit: «Ferme le portail derrière eux et reviens me voir, je vais te montrer un truc.»
Un ordre, enfin. Quelque chose à faire. Sernin est soulagé. Obéissant.
Il va éteindre le boîtier électrique. Désengage manuellement la grille d’accès au Naurne, qu’il pousse en position fermée, jusqu’au déclic. Sur la place, un instant, voit les branches des saules qui ploient dans le vent.
Ensuite, Sernin va retrouver son compagnon. Il se tient devant une maison basse, au vieux toit chantourné. Un de ces petits bâtiments aveugles et inutiles du Naurne. Un de ces ilots condamnés auquel personne ne prête attention, jamais.
La porte soudée, ce soir, est grande ouverte. L’électricité brûle. Quelque chose pulse au –dedans.
Des immeubles neufs, les résidents descendent à présent pour converger vers là. Sernin a clos le Naurne derrière eux. Ils sont tous à l’abri.
Alors, l’esprit léger, à la suite du dernier chevalier blanc, Sernin entre pour se joindre à la fête.

Oui aux centres ouverts, lui montre Lehmann.
Aujourd’hui, tel est le slogan peint au mur. Ce soir, tel est le slogan se trouvant là, sur le mur, décillant les yeux croûtés d’insomnie de Nisrin. Nisrin gratte la peinture grise du O gris pour révéler la brique poussière tu deviendras rouge. Le slogan date du matin – elle en est sûre, hier il n’y était pas. Pourtant, la peinture (O), rigide et feuilletée comme de la pâte à brick, s’écorche aussi facilement que si elle datait d’un siècle. Nisrin exécute le O puis passe au U, tressaille comme s’il s’agissait de sa propre peau, maquillée de sang coagulé. À côté d’elle, Lehmann fait les cent pas en marmonnant, passe un coup de fil, sans doute. Plus de U. Passons au I. Ça pue la fumée, l’agitation, la fièvre.
Le I est plus rétif. Elle abandonne, se tourne vers Christine Lehmann. La flic a disparu.
C’est alors qu’elle voit un autre OUI AUX CENTRES OUVERTS graffiti effrité d’intempéries pluvieuses et pourtant neuf dans son apparition – hier il n’y était pas. Il se trouve en face, comme en miroir. Nisrin traverse la cour pour s’y rendre. Elle n’a pas en tête de le récurer ni de l’effacer, juste de le contempler.
Et si
de plus près
il
disparaissait
n’était qu’un jeu de lumière une illusion
d’optique
mais non.
L’épuisement. Elle ne dort pas assez. Un vertige. Nisrin adhère au mur, entend, en résonance, son propre pouls
palpiter
tend l’œil à gauche et voit un autre OUI AUX CENTRES OUVERTS lui-même faisant écho à un autre OUI AUX CENTRES OUVERTS, plus loin, délavé de soleil, sur les plaques en métal vissées au bâtiment de l’horloge, renvoyant, six mètres plus loin à un autre OUI AUX CENTRES OUVERTS taggé sur la palissade ondulée du chantier OUI AUX CENTRES OUVERTS
OUI
et de fil en aiguille, Nisrin parvient à un bâtiment datant d’un siècle et pourtant neuf d’apparition – hier, il n’y était pas. Coquet. Cheminées exhalant volutes et splendides pignons de bois ouvragé
OUI
c’est ici, c’est là que se trouvent la chaleur, le sommeil, l’oubli.
Nisrin pousse la porte.
Elle s’ouvre.
Nisrin entre.

Ils entrent goutte à goutte. Chacun son chemin. Chacun sa voie. LittleEgo, MagicMalik & troupe par en bas, curieux de tester la solitude, l’acoustique. Les gamins de la tour par ce pan de mur effondré, toujours barré de trois planches, aujourd’hui béant. Nisrin par la cour en haut, voie royale, entre dans la bicoque par la porte ce soir déclose et les autres la suivent, tous les autres.

Une famille arrive, passe la porte en éteignant des rires. Ils vivent au Cézanne, la mère est prof de yoga, encore en tenue de boulot. Les grands enfants ados ont l’air déjà ivres. Le père tient, par le goulot, deux bouteilles dans chaque main : bière, vin entamé, champagne. Le chat les suit. Ils se mêlent aux gens déjà réunis. Le chat mène le chemin, ou plutôt la danse tant il faut rapetisser les épaules, effleurer du sein une omoplate pointue, lever les doigts en l’air, comme des gangsters, pour éviter les brûlures de cigarette. L’important, c’est de suivre le chat. Le chat s’assoit, enfin, ou plutôt s’enroule comme une courroie de cuir autour du cou gracile et presque cassant d’une jeune Maghrébine triste au crâne pelé.

Sernin et Nisrin se sont vus. Ils se voient. Et la marée des corps. Et la nuée. La meute. Entre eux deux, il y a le monde entier, les habitants du Naurne, les voisins des tours, les explorateurs de caves, des hommes, des femmes, des enfants mêlés dans une joie frénétique. Nisrin et Sernin savent qu’ils se sont vus mais ne parviennent pas à se rapprocher. Ils se souviennent, sans doute, de leur dernière rencontre et redoutent peut-être ce qui pourrait se passer. Ils sont familiers l’un de l’autre. Ils se connaissent. Ils s’oublient. Sernin Nisrin Nisrin Sernin. La fête bat son plein

Un homme, petit, pleutre par le comportement, la voussure des épaules, exhale un rire formant fumerolle. Le grand, face à lui, fait mine de l’inhaler. Les deux têtes forment la somme d’une géode cassée en coupe, droite, dont on fait les presse livres. La buée aplatit leurs profils. Les substances qui brûlent sentent le chanvre, le parfum, la terre humide et le désinfectant. Les fêtards s’assoient ensemble, au ralenti, sont assis, affalés, les chemises défaites, les yeux écarquillés. De la fumée, encore, s’échappe entre deux rangs de dents écartées. Réseaux de veinules rouges. Pupilles immenses et fixes.

Elle le plaque contre le mur et l’embrasse. Se colle à lui, le colle à la paroi, sans les mains. Les mains se promènent et touchent, caressent, elles palpent, elles fouillent. Des pièces tombent, un Smartphone, un briquet. D’autres mains encore, quelqu’un est arrivé, quelqu’un d’autre. Ils sont quatre à se presser. Au-dessous, une bouche sur sa bouche. Il peine à respirer. L’ensemble forme zinc et cuivre entremêlés, comme une statue soviétique fondue par les libérateurs et gouttant bras et mains au parterre du creuset. Et pourtant plaie. Et coulant chair. Respirent-ils ? Respirent-ils encore ? À droite du groupe, une petite fille trace une marelle.

Le visage parcouru de spasmes, les pommettes rouges, les yeux fermés, il crie quelque chose d’inaudible et de vital: une colère, une impuissance, un désespoir. La jeune cataphile et le vieux beau à chemise rose, juste à côté, la regardant avec curiosité, sans la toucher, se parlent à l’oreille et échangent des sourires de connivence. Il recommence. Une déflagration lui répond. Non. Un éboulis. Non. Une planche qui tombe sec dans l’échos. Non. C’est le hip hop. Lui fait cymbale dans le ventre, presse son cœur. BAM. Son cri cesse aussitôt. Mieux. Non: bien. Il se sent bien. Un homme vomit. «C’est les basses.» Trouve une épaule et s’allonge.

Elle ramasse la canette et la jette contre le mur. Elle ramasse la canette et la jette contre le mur

Me regarde pas. Tu ne sais pas qui je suis. Baisse les yeux. Je veux te faire mal. Casse-toi. Casse-toi putain.

Il se voit allongé, les pieds plus haut que la tête, cigarette éteinte aux lèvres, l’alcool qui fait flaque, et ne se reconnaît pas.

C’est ma femme. C’est mon frère. Qu’est-ce que tu fous ? On est bien ici.

Déjà vu. Un type nuque raide, encombré d’un t-shirt col rond trop large, droit comme d’autres seraient avachis: par lassitude et impossibilité musculaire de faire autrement. Une femme entre deux âges vient de l’embrasser. Il a de la buée sur les lunettes. Déjà vu. Une ado peau jaune des Nord-Africains l’hiver. Cernée. Ongles pris dans la tignasse d’un chat qu’elle voudrait étrangler. Embarrassée de sentir les cervicales petites comme des osselets, paralysée par la confiance de l’animal, qui prétend à la vie. À son amour. Déjà vu. L’un face à l’autre. De loin. Entre eux, de l’espace impossible à franchir. Verstes. Miles. Kilomètres. Vide.

Allez, allez, semble dire le groupe réuni, fesses blanches, sourires immenses: à son tour il baisse son froc.

Il faut une heure pour aller jusqu’à la cour, remonter la foule, traverser la masse. L’urine s’écoule le long de sa jambe. Il n’a pas bougé.

Ils se tiennent par l’épaule, titubent à deux : ils ont échangé haut de jogging contre veste en laine anglaise, ils boivent au même goulot.

Il tourne, tête renversée, bras écartés et fait tourner autour de lui le monde.

Ça commence à gauche et continue en diagonale jusqu’au tonneau en flammes. Par un hoquet, des lèvres qu’on mord et les larmes, enfin. C’est parti d’un type long, humide déjà, défroqué depuis bientôt une demi-heure. Un gamin lui a dessiné un truc le long de la colonne. C’est lui qui a lancé les pleurs. Se transmettent à droite, un papi dont ne reste que les tennis, puis

À quatre pattes puis se soulève, observe ses mains comme si enduites de fanges. Par terre de nouveau. Rampe. Puis se hisse cobra et siffle, langue perçant entre ses dents. Le serpent. Le serpent, rit une femme au chignon cassé. Elle titube, l’asperge de champagne puis, bouteille vide, s’immobilise et comme perd son jus aussi. Et pivote. Se tourne vers le blanc-bec gardien de nuit, lui sourit comme T-Rex reluque un rongeur apéritif.

Un charivari. Le bossu. L’aile droite, toute l’aile droite d’un régiment de demeurés hyperactifs et volubiles s’approche, s’approche d’elle. Ils la veulent pour elle, ils la veulent pour eux, ils la veulent entière et fragmentée. S’approchent d’elle avec respect et colère et violence et terreur et compassion et haine. Ce n’est personne, elle n’a rien de particulier, c’est le centre soudain de leur convergence. Ils ne l’ont pas atteinte que le premier coup part, dans la meute, de l’un à l’autre. Un peu de sang, aussitôt, coule.

Comme un gong étouffé, rengorgé, régurgite un la. GONG dont on perçoit le G avalé sous le coussin d’un criminel. Et là, crissements nauséeux d’un larsen. Les baffles tressaillent et BAM le petit Black sec tombe comme frappé d’une balle en poitrine. BAM. Tressaille à son tour. Le grand en costard s’arc-boute vampire, pose l’oreille sur son sein gauche. Je suis médecin. Mais reste là posé comme un Apache à l’affût du cheval de fer. Ils sont là, debout les uns contre les autres, comme à l’endroit où se brise la vague, où la houle se transforme en rouleaux et, sans eau, montent et descendent ensemble. Leurs pieds quittent le sol, leurs épaules se cognent, leurs corps se lancent, se frictionnent et se heurtent, ils retombent ensemble, l’un pas sur ses pieds, lutte pour se relever, à la prochaine secousse il ne décollera pas, à la prochaine secousse il sera piétiné.

Au centre de la pièce, parfaitement jointoyée au carrelage, il y a une plaque de fonte. Un tampon circulaire, et percé d’un minuscule trou rond. Il est noir et ancien. Les fêtards le foulent au pied sans le voir. Il est tout au milieu, simplement. Il n’y a aucune raison de lui prêter attention.

Il imagine « chose ». Il sait qu’il est chose. Devant lui, dos montagne du géant. C’est son maître. Il imagine son maître, encore plus haut et large, le mener à l’assaut. Il pense escouade. Il regarde derrière lui et sait qu’ils sont escouade. Dix-sept. Non Dix-huit. Un maître et dix-huit choses. Plus rien ne les empêchera de briser cette trappe. Défoncez-la. Percez-la. Des doigts saignent. Il se pète deux doigts. Trois. AAAAAA crie le maître, de dos, nuque plissée comme les moellons d’une forteresse.

Ils s’y sont mis à quatre, à dix. Ils ont d’abord cassé leurs ongles sur le bord de la plaque. Ont fini par insérer, dans le trou, la tubulure d’une chaise désossée. Ont fait levier, ont glissé des cales dans l’ouverture, puis leurs phalanges. Ils l’ont tirée ensemble, à trois, à sept, corps nus et sales, meurtris par les combats, tétanisés par les drogues. La plaque noire était lourde, terriblement. Ils ont senti leurs os craquer, leurs muscles brûler, jusqu’à ce que le poids leur échappe, jusqu’à ce que le tampon bascule et s’écrase, se fracasse contre le sol. La trappe : ouvert. La trappe : ouverte. Certains ont regardé tout en bas. Fin de partie.

Ils sortent tous. Le gardien des WHITE KNIGHTS, abasourdi, se pose à genoux devant la trappe comme narcisse avant de virer à la plante. Sous et devant son nez passent, dans l’ordre revenu, les arrivistes et les bourgeois, se reboutonnant, les cataphiles aux ongles courts, qu’ils camouflent dans leurs poches, un animal qui boîte – un chat sûrement, c’est dur à dire tant il est ébouriffé. Puis viennent en grappe les trois lascars les trois zozos, marchant à trois, tambour battant sur leur sound system déboîté en trois parties. L’un gratte sa barbe mal poussée, l’autre protège ses yeux du soleil gras, blanc, hideux façon carrelage. En queue de cette danse macabre, dont les particules déjà se dispersent pour irriguer le Naurne aux quatre points cardinaux, louchant un peu, lunettes brisées, Sernin.

Des lettres incendiaires?
Hier soir, un violent incendie a ravagé la sympathique librairie de quartier de la butte Saint-Sébastien, siège de l’Association des Amis du Vieux Naurne, dont l’opposition farouche à la reprise de l’Hôpital par la Sofreco a défrayé les chroniques il y a quelques mois. «On aurait dit l’Irak», nous a confié Farid Ben Ismaïl, le riverain ayant alerté les pompiers. Six hommes de la caserne du Bois Germain sont aussitôt intervenus. Avec l’aide d’un groupe de voisins – dont ils ont salué le courage et l’abnégation – ils ont lutté toute la nuit contre les flammes. Au petit matin, le sergent Fabrice D’Annunzio a fait une découverte morbide dans l’arrière boutique. À l’heure où d’autres prennent leur café, ce héros du quotidien a touvé une dépouille défigurée. Allongé au centre de la pièce, en position fœtale, le cadavre était entouré de sept bidons d’essence. D’après le témoignage du caporal Marc Giraud, le plancher était marqué de profondes entailles. «Ça faisait des sortes de lettres ou en tout cas un motif», s’est ouvert le pompier, choqué. Des propos énergiquement démentis par la police, qui considère l’affaire «comme un cas particulièrement sinistre d’incendie criminel». Mais qui pourrait en vouloir à d’inoffensifs libraires?

DISCLAIMER
Beaucoup de rumeurs sur les forums à propos de la soirée de jeudi. On m’a demandé de venir faire un petit point ici.
Alors: OUI, on était bien à l’Hôpital à ce moment-là et, OUI, Zigor avait annoncé la virée en semi-privé sur le alt.usenet.ux.
NON, on n’était pas au courant pour l’incendie, parce qu’on est TOUS descendus plusieurs heures AVANT que le feu ne se déclare. On n’a découvert tout le merdier que le lendemain.
NON, on n’est pour rien dans les dégradations soi-disant constatées par les propriétaires de l’Hôpital (même si, vu comment la fête a terminé, on aurait sans doute du mal à s’en souvenir si ça avait été le cas). Pour rappel, notre conception de l’urbex est NON AGGRESSIVE et RESPECTUEUSE. On a jamais abîmé une serrure, c’est pas pour se retrouver accusé d’avoir pété des murs au bélier.
Enfin, et même si on est super flattés des bruits qui courent à ce sujet, NON, ce n’est pas nous qui avons remis en route l’horloge historique du grand clocher. Les habitants de la butte Saint-Sébastien ont pu l’entendre sonner hier pour la première fois depuis un sacré bail. On n’a pas le début d’une piste, mais dès qu’on arrive à y jeter un œil, promis, on revient vous en dire plus.