#13 « Le Naurne

Le clocher du Naurne sonne à douze reprises. Douze va-et-vient de marteau. Douze chocs nets et métalliques. Douze vagues sonores allant cogner contre les murs, les toits, les mosaïques du temple hospice, puis revenant en échos. La surface du bassin se couvre de rides infimes qui s’amenuisent à mesure qu’elles progressent vers sa périphérie. L’eau est sombre, striée des reflets bleus. Une unique lampe brûle avec un chuintement doux. Les trois silhouettes sont silencieuses et quasi immobiles. Il faut un temps à notre œil pour s’habituer à l’obscurité. Pour que nous distinguions le dos voûté de Karl August Friedenfels, gilet, chemise aux manches retroussée, faux-col de guingois. Puis le paquet sur lequel il est plié, peau nue et blanche, cheveux comme des algues, détrempés, dégouttants. Et, enfin, si près de nous qu’on ne l’avait pas vu, Anton Dilsizian, l’architecte, le compagnon, l’ami. Qui brise le silence à voix si basse qu’il est forcé de se répéter aussitôt. Elle est morte, redit-il, tout est terminé. La main du mari effleure le crâne de l’épouse. L’eau dans le bassin est à nouveau étale; il est difficile de croire qu’il n’y ait aucune trace de lutte. Alba, malgré son état, s’est longuement débattue.

Si nous étions dans un vivarium, le sujet serait un lézard si petit, si maculé de pierre, qu’il serait certain d’échapper à la buse variable. La buse aurait aux plumes le pigment roux des poissons d’aquarium. Nous sommes au centre. Dans l’eau. Là où tout a commencé et
Non. On ne peut pas dire «où tout finira». Il est trop tôt, il fait trop sombre, pour parler d’éternité.
Le sujet a échappé à la chasse battue contre lui. Les percussions mates des rabatteurs deviennent d’encre. La lune se place entre les cheminées, mais l’encre demeure sur le bassin, comme le travail d’une seiche qui serait lavandière.
Le sujet court.
Dire « le sujet a le sens de l’orientation » revient à constater que le Naurne se meut autour, avec. Les autres ont rarement rencontré de proie plus redoutable. Là où de simples fugitifs tendraient quelque fil d’Ariane malingre, tireraient des plans aussi fumeux que les résurrections florales de Paracelse, le sujet embobine comme une danseuse l’algorithme saccadé de notre temple.
Mais la danseuse ignore qu’elle tourne dans une boîte. Et de quelle chair en sont faits les engrenages.

Il faut un peu plus de onze mois administratifs pour que les équipes de terrassiers dirigées par Anton Dilsizian percent la couche calcaire qui protège la source. Un peu plus de dix mois lunaires pour que l’embryon se développe au sein de sa poche aqueuse. Un peu plus de cinq semaines pour que Friedenfels revienne en urgence d’Alexandrie avec les dessins des hauts-reliefs pour le nouveau bassin. Un peu plus de trois heures de discussion pour que la vérité éclate. Un peu plus de quatre minutes pour qu’Alba cesse de se débattre et trois de plus pour que son cœur s’arrête.
Si nous changeons la perspective, toutes les dimensions, pourtant, se modifient.
Il faut plus de quatre-vingts ans pour les filons précieux de la butte Saint-Sébastien soient épuisés. Un peu plus d’un siècle et demi d’échanges avec l’Orient pour que le bouddhisme infuse l’ésotérisme occidental. Un peu plus d’un demi-millénaire pour que s’organise une société savante à même de protéger l’humanité contre ses propres désirs. Et plus de soixante-quinze millions d’années avant que ce qui gît sous le Naurne ne commence à se réveiller.
Le temple hospice, au moment où nous sommes dans le temps, est un ensemble de décors dans lesquels quelques personnages s’agitent. En étudiant les mosaïques des façades, on peut y voir dessinés les plans du futur tout comme ceux du passé. On y voit, pixelisée, la lutte du Cercle du Tsimtsoum contre la société des Weissenritter. Puis, prenant encore de la hauteur, on réalise à quel point tout ceci est insignifiant. À l’échelle géologique, qui est la seule qui compte en définitive, c’est toujours nous qui gagnons la partie.

La Butte est en haut ce que la vallée est en creux. Trou béant. Le fond, le fond ne sert qu’à la surface, au final. Mais le soleil ne trahit jamais ceux qu’il a oubliés. On ne regrette que ce qu’on sent être soi.
Le sujet est étonnamment erratique. Tel un enfant qui persiste à endiguer la marée montante, à rebâtir les murs pailletés de son rempart de sable, le sujet palpite ou clignote, disparaît un instant, reparaît. « Lorsque l’enfant paraît », écrivait l’un des nôtres. Nous étions forts et poétiques. Nous pensions l’enfouissement comme un acte procréatif. La procréation comme une inhumation déguisée. Mais nous avions tort, et à bien des égards, le drame d’aujourd’hui était prédestiné. Un drame qui se joue en couleurs pâles. Alba. La jauge impeccable du bassin poisseux l’imprime par bouts. Bouts par bouts. L’époux la soulève et les autres voient, sous son corps, le damassé si particulier du temple. Sa mort a précipité la gravure des rondes-bosses rituelles, et parachevé ce qui manquait au sacrifice. Car avant le sang, avant la plénitude de la bête repue, avant la tectonique renflée de la Pangée et des continents précédents, il y avait-aura le Naurne. Ses failles pourléchées, son identité haute-basse.

Le sujet demeure au même endroit, œil immobile, murs stables, poussière accumulée. Plus de onze années s’écoulent. Sur la pompe arrêtée, la graisse noire fige. L’eau s’évapore, le bassin sèche. Karl August Friedenfels et Anton Dislizian dans la même exacte position. Alba manque au tableau, comme elle a manqué à la décennie écoulée. Physiquement, les deux hommes sont presque semblables. Dans l’obscurité de la cave, ces changement sont insignifiants et importent moins, pour nous, que les postures, les timbres, les intonations de voix qui trahissent la persistance des identités.
Ça n’aurait jamais pu marcher, affirme l’architecte. Ne te mens pas. Si moi je le sais, tu le sais aussi.
Le gourou prostré ne répond rien. Ses mains caressent le vide, le crâne inexistant de l’épouse sacrifiée.
Laisse tomber, continue l’autre. Va-t-en avant que les flics n’arrivent. Pars en Amérique, recommence là-bas s’il le faut vraiment. Oublie cet endroit.
Dislizian, nous le savons, travaille depuis plusieurs années en Inde et au Vietnam, où il dessine des cités modernes en béton précontraint. Friedenfels, nous le savons également, se précipitera avant six heures, tête la première, du haut de la tour de l’horloge, mettant fin à ses jours. Le sujet entend ses dernières paroles, adressées au cher ami, au vieux traître.
Non, Anton. Tout se passe exactement comme prévu. Les étoiles s’assemblent dans le ciel. Le temps n’a jamais été si proche. Je le sais. Tu le sais.

Ils m’ont tendu un piège. Il est petit et terrible. J’y tombe avec la reconnaissance du mâtin dévorant le chat. J’ai la nette sensation d’être ici et maintenant sans toutefois sentir les lices sournoises dont on apaise l’animal vicieux pour le domestiquer. J’ai la nette sensation, en courbant l’échine comme la génisse rétamée, d’être en réalité le loup en chasse, flairant la piste d’un gibier de race tendre. Leur piste. Ils pensent avoir trompé leur proie mais ils ne savent de moi que ce que j’en savais moi-même avant la rencontre-dans-l’eau: que je suis de la sorte coriace et solitaire. Je sais dorénavant que cette solitude n’était en réalité que la trace fantôme d’une désertion. Désormais, ils pourront me fouetter avec l’aigreur du maître assouvi, je resterai semblable et gigantesque: je me perpétuerai. Il y a eux. Et les autres. Ici, autour de moi, les dalles, en hexagone, s’affaissent comme des touches de piano. Là, autour de moi, on s’attroupe dans le noir pour m’acculer à ce point infime que j’occupe par intermittence. Ils sont terrifiés et victorieux, comme l’enfant sentant l’autorité de sa mère flancher et s’en voulant aussitôt.

Le sujet, à présent, devine ce qu’est le lieu dans toute son extension, millefeuille d’espaces physiques, spirituels, temporels et psychiques. Il voit le Naurne qui fut, qui est et qui sera, et cela lui évoque un précipité de réaction chimique, un fongus parasite croissant en stop-motion, un épanchement soudain de lave sous-marine qui convulse en figeant. Les matériaux de construction se font indiscernables des chairs des constructeurs, et eux de la douleur des patients aliénés, incarcérés ou volontaires. Le Naurne devient cette entité vivante, enfoncée à demi dans l’humus et la boue, qui puise un suc furieux aux veines de la cité, absorbant tout langage, tout rêve, tout désir. Au centre de cette entité, relié à elle par mille réseaux de toile poisseuse et presque intangible de soies ombilicales, palpite le petit cœur des futurs à venir. Lui seul est régulier. Lui seul demeure stable tandis que tout s’effondre, s’effrite, se rebâtit. Nous ne pouvons scruter la forme qu’il agite sans que nos yeux ne saignent. Nous ne le contemplons qu’à la lisière de nos consciences ou dans la nuit complète de la totale insanité.

«Nous sommes revenus à chaque phénix dans le long regressus et l’avons contraint à révéler son phénix ancestral endormi dans les cendres sous ses propres cendres. Nos bons ancêtres auraient été horrifiés de nos sorcelleries, et eux qui débattaient s’il était convenable de brûler le docteur Faust nous eussent, quant à nous, brûlés par acclamations», écrivit l’un des nôtres.
Nous étions forts et poétiques.
Il faut tuer la fille.
L’appétit, en y pensant, ne vient pas à la bête. La bête, de nos jours, est trop abstraite pour se réjouir d’un festin. De festin, il n’y aura guère. Le sacrifice se pratique sans joie depuis Abraham. Et nul dieu n’arrêtera mon geste.
La fille est aculée mais ne semble craindre que sa propre envie de fuir. Elle saigne déjà. S’est entaillé volontairement les veines à la vitre brisée.
Elle m’accueille avec un sourire.
— Bonjour mademoiselle Marchal.
Curieux. Je ne pense pas m’être présentée.
Je sais que je ne suis pas la première, mais j’espère être la dernière.
Par mon acte, mettre un terme à cette révolution.

la girouette devenue folle tourne sur elle même malgré l’absence de vent
même si on le voulait on ne saurait dire quel oiseau c’était
la tête manque – un rapace – je sais ce que vous en pensez
vient la marée de carton, de plastibulle, d’électroménager
de cales en mousse
un piano enserré dans de grandes sangles grises
des enfants qui courent dans l’escalier
un peu de sang sur le revêtement un peu de détergent – vous savez ce que j’en pense
visites, agents, impétrants, dossiers, cautions, fiches de paie, dossiers encore
états des lieux d’entrée, tests de clé
tout passe à travers moi, cette foule me traverse, ces visages me confondent
un peu de détergent sur le revêtement
un peu de sang
des enfants à rebours courent dans l’escalier
un déménageur se casse en deux – hernie discale – le piano glisse
ça va? demande le vieil ouvrier, celui à la peau noire, celui du chantier
nerf broyé entre deux vertèbres, le corps entier dans un flash de douleur
la charpente
le réseau électrique
les usures de fatigue
les vendeurs de la Sofreco ont des vestes et des tailleurs beige, des badges orange sur le sein droit
les agents d’entretien ont des blouses blanches en acrylique et des sabots blancs en éthylène-acétate de vinyle
un locataire dévisse l’abat-jour de l’entrée pour se pendre à son crochet
on a oublié de descendre la girouette, dernier vestige du toit ancien
la girouette tourne sur elle-même malgré l’absence de vent
sans grincer
un peu de travers

Le vent est tombé. Le chien ne sent plus. Ou de travers. Dehors, c’est le tam-tam, la cavalcade sans cheval de tête. Dehors, le boucher qui livre l’épicerie a laissé sa camelote ouverte, le hayon baissé. Dehors, ça pue les mouches comme un lendemain de bombardement. On les imagine, les bagnoles remplies de barbaque à pattes. Tout ça se ballade. C’est ni beau ni laid. Ça sent le frais, le savon et la sueur. Des tee-shirts sales mal recousus. Des chaussettes humant le pied. Dehors, comme on dit, ça va et ça vient, mais dedans
Rien
que moi
qui
cours.
Les autres me suivent mais le clebs ne fonctionne plus pour cause de calme plat.
Le Naurne est planté.
En panne au milieu de l’horizon circulaire.
Une mer infoutue de clapoter.
Et on est coincés dedans comme un banc de sardines aveugles.
Au bout du couloir, il y aura au moins trois portes.

Derrière la première porte sont assemblés des hommes, des femmes, des vieux et des enfants, tous habillés en gris et tenant à la main des pelotes dont ils laissent pendre les fils presque jusqu’au sol. Ils ont, pour la plupart, les yeux fermés et un air familier, comme s’ils ne formaient qu’une seule famille, chacun le conjoint, l’enfant ou le parent d’un autre. Ils sont en possession de savoirs très anciens qui prennent la forme d’histoires transmises sans jamais qu’elles ne soient écrites, ainsi que quelques objets cultuels de moyenne puissance. Je les entends qui chantent.
Derrière la deuxième porte attendent des jeunes gens en survêtement, surtout des hommes, tous très sportifs. Ils ont les cheveux attachés ou coupés courts. Sous les débardeurs, dans des pochettes de plastique étanche, ils portent contre la peau un peu de gros sel, des clous tordus et des feuilles de basilic sacré. Aucun d’entre eux ne bouge ni ne parle en attendant que la cérémonie ne commence.
Je ne sais pas ce qu’il y a derrière la troisième porte, entrebâillée à peine. Je m’approche et on dirait qu’il fait noir. Et ça pue, ça pue jusqu’ici.

Un homme à la voix pincée, pénible comme une barre de fer contre une glace. Voilà ce que dit le noir.
Des pas traînants chassés comme une danseuse hypertrophiée se peine d’avant-scène en arrière-scène. Voilà ce qu’on hurle derrière la porte.
Une lune coulant dans le fond d’une tasse à café, une vieille femme pathétique, aux ongles durs, griffant une table. Voilà.
Un cortège de cafards.
Une œillade mielleuse dégoulinant d’un œil conjonctivé.
Voilà.
La porte me repousse et m’appelle et je sais qu’en étant LÀ je me regrette. Et si j’avance, je me sentirai MOI. Voilà ce que souffle l’embrasure.
Derrière – pour me forcer à choisir? – une clim se met en route. Une turbine? Une lueur verdâtre coulisse dans l’embrasure. Un moteur d’ascenseur. Y en a-t-il plus d’un? Descendent-ils aussi?
L’habitacle toque contre le fond. Un appel d’air me pousse vers le noir derrière la porte.
La puanteur.
Voilà ce qui sort.

à chaque palier que la cabine dépasse quelque chose vient cogner, je compte six, je compte sept,
et sens juste là, dans mon diaphragme, la vibration exacte de la boîte en acier brossé, pendue à son câble au-dessus du puits, trait pour trait semblable à celle qui noue mon estomac lors des attaques de panique,
et la lumière qui baigne l’habitacle est la clarté verte, ultramarine, de cauchemars des nouveau-nés, dans lesquels se mêlent mots hurlés et mots susurrés, excitation et terreur, ralentissements, accélérations,
et l’ascenseur du Naurne continue de descendre avec régularité, constance,
et, faute d’affichage, je ne peux que décompter les chocs, neuf, dix,
et ne peux que scruter les parois à la recherche de signes, matité d’usure du métal, taches anciennes, griffures de clés,
et puis, autour de la porte coulissante, bosselures de coups, marques d’ongle, traces de sang et de vaine panique,
et je compte onze, je compte douze,
douze coups sourds, comme en écho au battement d’une horloge à minuit,
et l’ascenseur s’arrête,
et je ne respire pas:
le silence suit, sans fond

«Les hiboux auraient une autre allure si on leur cousait les ailes et les paupières» est la pensée malade qui traverse l’homme de tête, un jeune Sénégalais d’une beauté exaspérante, vêtu intégralement de vert.
«Elle frissonne. Si seulement elle avait deux peaux. Qu’en l’écorchant, on lui trouvait une autre peau, qu’il faudrait écorcher pour trouver la » est la pensée inachevée fulgurant la chargée de communication en chandail mauve, ongles longs savamment courbes vernis de vert bouteille, derrière l’homme. Légèrement à droite.
À ses côtés, le dépressif roux, nu, le corps frictionné de cendre humidifiée, a l’esprit traversé alternativement des mots « lui – elle – lui – elle».
À main droite encore, un enfant de six ans rampe à terre vers la proie, le cou vrillé vers le haut, et se dit « Il est quatre heures. Il faut goûter».
Le cercle continue ainsi et se resserre autour du sujet, abandonné par l’ascenseur au plancher du Naurne qui, à cet étage, est fait de mousse et de varech.

nous vivons dans l’attente – avons tant attendu – tant de temps à attendre
les pensées dans le cercle continuent de tourner, de se superposer, de s’envahir l’une l’autre
elles commentent ce qui va se produire à présent, se produire au présent dans la toute dernière niche
qu’il est grise – qu’elle est fin – que sera-t-on après
et aucun d’entre eux n’a peur, aucun ne craint l’interruption, l’échec, la remise à zéro
c’est que la scène, déjà, s’est maintes fois répétée
qu’à sept, à cent reprises, la cérémonie a échoué
que seule la dernière s’avérera la dernière
qu’est-ce qu’il y a là-dedans – quelle couleur – quel saveur
dans la cour du Naurne le vent pris râle en tourbillons serrés,
se frotte contre les murs,
fait bouger les carreaux,
fait tourner la girouette
étêtée
qui, de là où elle est,
ne voit du monde que des masses grises, grises, grises encore, se succédant, rapides, dans les grincements aigres de la tige métallique

Les murs n’ont pas d’oreilles.
Ils ont des bras, des mains, des yeux.
Je n’entends rien mais palpe et sens.
Je suis écartelé.
Où sont-ils ?
Tantôt rampant, tantôt flottant.
Les autres s’apprêtent à égorger la fille comme l’agneau.
Ils s’en approchent puis s’en éloignent.
Les nôtres s’agrippent déjà au pantalon du garçon.
Près, si près.
Le souffle des deux offrandes concurrentes se confond, m’assourdit, s’éloigne.
Où sont-ils?
Les pas des nôtres et des autres, feutrés tantôt, résonnent soudain comme le claquement d’une langue de cheval au fond d’un puis.
Les disparus – L’architecte, l’ami. Le prêtre, le solitaire – reparaissent, s’attardent.
Les présents – Sofreco, White Knights – me quittent.
Dans l’ancien manège à chevaux, la lourde roue se met en branle et tourne.
La pompe du vieux bassin aspire, expire, en boucle. Comme si Alba et les autres refluaient.
Je ne suis plus tant un centre qu’au centre.
Il faut tuer le garçon. Seul cet acte importe. Qu’il se répète ou non. Il faut tuer le garçon. Il est en bas.
Tuer le garçon.
Lorsque la cloche sonnera, il faudra

Le clocher du Naurne sonne à douze reprises. Douze va-et-vient de marteau. Douze chocs nets et métalliques. Douze vagues sonores allant cogner contre les murs, les toits, les mosaïques du temple hospice, puis revenant en échos. La surface du bassin se couvre de rides infimes qui s’amenuisent à mesure qu’elles progressent vers sa périphérie. L’eau est sombre, striée des reflets bleus. Une unique lampe brûle avec un chuintement doux. Les trois silhouettes sont silencieuses et quasi immobiles. Il faut un temps à notre œil pour s’habituer à l’obscurité. Pour que nous distinguions le dos voûté de Karl August Friedenfels, gilet, chemise aux manches retroussée, faux-col de guingois. Puis le paquet sur lequel il est plié, peau nue et blanche, cheveux comme des algues, détrempés, dégouttants. Et, enfin, si près de nous qu’on ne l’avait pas vu, Anton Dilsizian, l’architecte, le compagnon, l’ami. Qui brise le silence à voix si basse qu’il est forcé de se répéter aussitôt. Elle est morte, redit-il, tout est terminé. La main du mari effleure le crâne de l’épouse. L’eau dans le bassin est à nouveau étale; il est difficile de croire qu’il n’y ait aucune trace de lutte. Alba, malgré son état, s’est longuement débattue.

Si nous étions dans un vivarium, le sujet serait un lézard si petit, si maculé de pierre, qu’il serait certain d’échapper à la buse variable. La buse aurait aux plumes le pigment roux des poissons d’aquarium. Nous sommes au centre. Dans l’eau. Là où tout a commencé et
Non. On ne peut pas dire «où tout finira». Il est trop tôt, il fait trop sombre, pour parler d’éternité.
Le sujet a échappé à la chasse battue contre lui. Les percussions mates des rabatteurs deviennent d’encre. La lune se place entre les cheminées, mais l’encre demeure sur le bassin, comme le travail d’une seiche qui serait lavandière.
Le sujet court.
Dire « le sujet a le sens de l’orientation » revient à constater que le Naurne se meut autour, avec. Les autres ont rarement rencontré de proie plus redoutable. Là où de simples fugitifs tendraient quelque fil d’Ariane malingre, tireraient des plans aussi fumeux que les résurrections florales de Paracelse, le sujet embobine comme une danseuse l’algorithme saccadé de notre temple.
Mais la danseuse ignore qu’elle tourne dans une boîte. Et de quelle chair en sont faits les engrenages.

Il faut un peu plus de onze mois administratifs pour que les équipes de terrassiers dirigées par Anton Dilsizian percent la couche calcaire qui protège la source. Un peu plus de dix mois lunaires pour que l’embryon se développe au sein de sa poche aqueuse. Un peu plus de cinq semaines pour que Friedenfels revienne en urgence d’Alexandrie avec les dessins des hauts-reliefs pour le nouveau bassin. Un peu plus de trois heures de discussion pour que la vérité éclate. Un peu plus de quatre minutes pour qu’Alba cesse de se débattre et trois de plus pour que son cœur s’arrête.
Si nous changeons la perspective, toutes les dimensions, pourtant, se modifient.
Il faut plus de quatre-vingts ans pour les filons précieux de la butte Saint-Sébastien soient épuisés. Un peu plus d’un siècle et demi d’échanges avec l’Orient pour que le bouddhisme infuse l’ésotérisme occidental. Un peu plus d’un demi-millénaire pour que s’organise une société savante à même de protéger l’humanité contre ses propres désirs. Et plus de soixante-quinze millions d’années avant que ce qui gît sous le Naurne ne commence à se réveiller.
Le temple hospice, au moment où nous sommes dans le temps, est un ensemble de décors dans lesquels quelques personnages s’agitent. En étudiant les mosaïques des façades, on peut y voir dessinés les plans du futur tout comme ceux du passé. On y voit, pixelisée, la lutte du Cercle du Tsimtsoum contre la société des Weissenritter. Puis, prenant encore de la hauteur, on réalise à quel point tout ceci est insignifiant. À l’échelle géologique, qui est la seule qui compte en définitive, c’est toujours nous qui gagnons la partie.

La Butte est en haut ce que la vallée est en creux. Trou béant. Le fond, le fond ne sert qu’à la surface, au final. Mais le soleil ne trahit jamais ceux qu’il a oubliés. On ne regrette que ce qu’on sent être soi.
Le sujet est étonnamment erratique. Tel un enfant qui persiste à endiguer la marée montante, à rebâtir les murs pailletés de son rempart de sable, le sujet palpite ou clignote, disparaît un instant, reparaît. « Lorsque l’enfant paraît », écrivait l’un des nôtres. Nous étions forts et poétiques. Nous pensions l’enfouissement comme un acte procréatif. La procréation comme une inhumation déguisée. Mais nous avions tort, et à bien des égards, le drame d’aujourd’hui était prédestiné. Un drame qui se joue en couleurs pâles. Alba. La jauge impeccable du bassin poisseux l’imprime par bouts. Bouts par bouts. L’époux la soulève et les autres voient, sous son corps, le damassé si particulier du temple. Sa mort a précipité la gravure des rondes-bosses rituelles, et parachevé ce qui manquait au sacrifice. Car avant le sang, avant la plénitude de la bête repue, avant la tectonique renflée de la Pangée et des continents précédents, il y avait-aura le Naurne. Ses failles pourléchées, son identité haute-basse.

Le sujet demeure au même endroit, œil immobile, murs stables, poussière accumulée. Plus de onze années s’écoulent. Sur la pompe arrêtée, la graisse noire fige. L’eau s’évapore, le bassin sèche. Karl August Friedenfels et Anton Dislizian dans la même exacte position. Alba manque au tableau, comme elle a manqué à la décennie écoulée. Physiquement, les deux hommes sont presque semblables. Dans l’obscurité de la cave, ces changement sont insignifiants et importent moins, pour nous, que les postures, les timbres, les intonations de voix qui trahissent la persistance des identités.
Ça n’aurait jamais pu marcher, affirme l’architecte. Ne te mens pas. Si moi je le sais, tu le sais aussi.
Le gourou prostré ne répond rien. Ses mains caressent le vide, le crâne inexistant de l’épouse sacrifiée.
Laisse tomber, continue l’autre. Va-t-en avant que les flics n’arrivent. Pars en Amérique, recommence là-bas s’il le faut vraiment. Oublie cet endroit.
Dislizian, nous le savons, travaille depuis plusieurs années en Inde et au Vietnam, où il dessine des cités modernes en béton précontraint. Friedenfels, nous le savons également, se précipitera avant six heures, tête la première, du haut de la tour de l’horloge, mettant fin à ses jours. Le sujet entend ses dernières paroles, adressées au cher ami, au vieux traître.
Non, Anton. Tout se passe exactement comme prévu. Les étoiles s’assemblent dans le ciel. Le temps n’a jamais été si proche. Je le sais. Tu le sais.

Ils m’ont tendu un piège. Il est petit et terrible. J’y tombe avec la reconnaissance du mâtin dévorant le chat. J’ai la nette sensation d’être ici et maintenant sans toutefois sentir les lices sournoises dont on apaise l’animal vicieux pour le domestiquer. J’ai la nette sensation, en courbant l’échine comme la génisse rétamée, d’être en réalité le loup en chasse, flairant la piste d’un gibier de race tendre. Leur piste. Ils pensent avoir trompé leur proie mais ils ne savent de moi que ce que j’en savais moi-même avant la rencontre-dans-l’eau: que je suis de la sorte coriace et solitaire. Je sais dorénavant que cette solitude n’était en réalité que la trace fantôme d’une désertion. Désormais, ils pourront me fouetter avec l’aigreur du maître assouvi, je resterai semblable et gigantesque: je me perpétuerai. Il y a eux. Et les autres. Ici, autour de moi, les dalles, en hexagone, s’affaissent comme des touches de piano. Là, autour de moi, on s’attroupe dans le noir pour m’acculer à ce point infime que j’occupe par intermittence. Ils sont terrifiés et victorieux, comme l’enfant sentant l’autorité de sa mère flancher et s’en voulant aussitôt.

Le sujet, à présent, devine ce qu’est le lieu dans toute son extension, millefeuille d’espaces physiques, spirituels, temporels et psychiques. Il voit le Naurne qui fut, qui est et qui sera, et cela lui évoque un précipité de réaction chimique, un fongus parasite croissant en stop-motion, un épanchement soudain de lave sous-marine qui convulse en figeant. Les matériaux de construction se font indiscernables des chairs des constructeurs, et eux de la douleur des patients aliénés, incarcérés ou volontaires. Le Naurne devient cette entité vivante, enfoncée à demi dans l’humus et la boue, qui puise un suc furieux aux veines de la cité, absorbant tout langage, tout rêve, tout désir. Au centre de cette entité, relié à elle par mille réseaux de toile poisseuse et presque intangible de soies ombilicales, palpite le petit cœur des futurs à venir. Lui seul est régulier. Lui seul demeure stable tandis que tout s’effondre, s’effrite, se rebâtit. Nous ne pouvons scruter la forme qu’il agite sans que nos yeux ne saignent. Nous ne le contemplons qu’à la lisière de nos consciences ou dans la nuit complète de la totale insanité.

«Nous sommes revenus à chaque phénix dans le long regressus et l’avons contraint à révéler son phénix ancestral endormi dans les cendres sous ses propres cendres. Nos bons ancêtres auraient été horrifiés de nos sorcelleries, et eux qui débattaient s’il était convenable de brûler le docteur Faust nous eussent, quant à nous, brûlés par acclamations», écrivit l’un des nôtres.
Nous étions forts et poétiques.
Il faut tuer la fille.
L’appétit, en y pensant, ne vient pas à la bête. La bête, de nos jours, est trop abstraite pour se réjouir d’un festin. De festin, il n’y aura guère. Le sacrifice se pratique sans joie depuis Abraham. Et nul dieu n’arrêtera mon geste.
La fille est aculée mais ne semble craindre que sa propre envie de fuir. Elle saigne déjà. S’est entaillé volontairement les veines à la vitre brisée.
Elle m’accueille avec un sourire.
— Bonjour mademoiselle Marchal.
Curieux. Je ne pense pas m’être présentée.
Je sais que je ne suis pas la première, mais j’espère être la dernière.
Par mon acte, mettre un terme à cette révolution.

la girouette devenue folle tourne sur elle même malgré l’absence de vent
même si on le voulait on ne saurait dire quel oiseau c’était
la tête manque – un rapace – je sais ce que vous en pensez
vient la marée de carton, de plastibulle, d’électroménager
de cales en mousse
un piano enserré dans de grandes sangles grises
des enfants qui courent dans l’escalier
un peu de sang sur le revêtement un peu de détergent – vous savez ce que j’en pense
visites, agents, impétrants, dossiers, cautions, fiches de paie, dossiers encore
états des lieux d’entrée, tests de clé
tout passe à travers moi, cette foule me traverse, ces visages me confondent
un peu de détergent sur le revêtement
un peu de sang
des enfants à rebours courent dans l’escalier
un déménageur se casse en deux – hernie discale – le piano glisse
ça va? demande le vieil ouvrier, celui à la peau noire, celui du chantier
nerf broyé entre deux vertèbres, le corps entier dans un flash de douleur
la charpente
le réseau électrique
les usures de fatigue
les vendeurs de la Sofreco ont des vestes et des tailleurs beige, des badges orange sur le sein droit
les agents d’entretien ont des blouses blanches en acrylique et des sabots blancs en éthylène-acétate de vinyle
un locataire dévisse l’abat-jour de l’entrée pour se pendre à son crochet
on a oublié de descendre la girouette, dernier vestige du toit ancien
la girouette tourne sur elle-même malgré l’absence de vent
sans grincer
un peu de travers

Le vent est tombé. Le chien ne sent plus. Ou de travers. Dehors, c’est le tam-tam, la cavalcade sans cheval de tête. Dehors, le boucher qui livre l’épicerie a laissé sa camelote ouverte, le hayon baissé. Dehors, ça pue les mouches comme un lendemain de bombardement. On les imagine, les bagnoles remplies de barbaque à pattes. Tout ça se ballade. C’est ni beau ni laid. Ça sent le frais, le savon et la sueur. Des tee-shirts sales mal recousus. Des chaussettes humant le pied. Dehors, comme on dit, ça va et ça vient, mais dedans
Rien
que moi
qui
cours.
Les autres me suivent mais le clebs ne fonctionne plus pour cause de calme plat.
Le Naurne est planté.
En panne au milieu de l’horizon circulaire.
Une mer infoutue de clapoter.
Et on est coincés dedans comme un banc de sardines aveugles.
Au bout du couloir, il y aura au moins trois portes.

Derrière la première porte sont assemblés des hommes, des femmes, des vieux et des enfants, tous habillés en gris et tenant à la main des pelotes dont ils laissent pendre les fils presque jusqu’au sol. Ils ont, pour la plupart, les yeux fermés et un air familier, comme s’ils ne formaient qu’une seule famille, chacun le conjoint, l’enfant ou le parent d’un autre. Ils sont en possession de savoirs très anciens qui prennent la forme d’histoires transmises sans jamais qu’elles ne soient écrites, ainsi que quelques objets cultuels de moyenne puissance. Je les entends qui chantent.
Derrière la deuxième porte attendent des jeunes gens en survêtement, surtout des hommes, tous très sportifs. Ils ont les cheveux attachés ou coupés courts. Sous les débardeurs, dans des pochettes de plastique étanche, ils portent contre la peau un peu de gros sel, des clous tordus et des feuilles de basilic sacré. Aucun d’entre eux ne bouge ni ne parle en attendant que la cérémonie ne commence.
Je ne sais pas ce qu’il y a derrière la troisième porte, entrebâillée à peine. Je m’approche et on dirait qu’il fait noir. Et ça pue, ça pue jusqu’ici.

Un homme à la voix pincée, pénible comme une barre de fer contre une glace. Voilà ce que dit le noir.
Des pas traînants chassés comme une danseuse hypertrophiée se peine d’avant-scène en arrière-scène. Voilà ce qu’on hurle derrière la porte.
Une lune coulant dans le fond d’une tasse à café, une vieille femme pathétique, aux ongles durs, griffant une table. Voilà.
Un cortège de cafards.
Une œillade mielleuse dégoulinant d’un œil conjonctivé.
Voilà.
La porte me repousse et m’appelle et je sais qu’en étant LÀ je me regrette. Et si j’avance, je me sentirai MOI. Voilà ce que souffle l’embrasure.
Derrière – pour me forcer à choisir? – une clim se met en route. Une turbine? Une lueur verdâtre coulisse dans l’embrasure. Un moteur d’ascenseur. Y en a-t-il plus d’un? Descendent-ils aussi?
L’habitacle toque contre le fond. Un appel d’air me pousse vers le noir derrière la porte.
La puanteur.
Voilà ce qui sort.

à chaque palier que la cabine dépasse quelque chose vient cogner, je compte six, je compte sept,
et sens juste là, dans mon diaphragme, la vibration exacte de la boîte en acier brossé, pendue à son câble au-dessus du puits, trait pour trait semblable à celle qui noue mon estomac lors des attaques de panique,
et la lumière qui baigne l’habitacle est la clarté verte, ultramarine, de cauchemars des nouveau-nés, dans lesquels se mêlent mots hurlés et mots susurrés, excitation et terreur, ralentissements, accélérations,
et l’ascenseur du Naurne continue de descendre avec régularité, constance,
et, faute d’affichage, je ne peux que décompter les chocs, neuf, dix,
et ne peux que scruter les parois à la recherche de signes, matité d’usure du métal, taches anciennes, griffures de clés,
et puis, autour de la porte coulissante, bosselures de coups, marques d’ongle, traces de sang et de vaine panique,
et je compte onze, je compte douze,
douze coups sourds, comme en écho au battement d’une horloge à minuit,
et l’ascenseur s’arrête,
et je ne respire pas:
le silence suit, sans fond

«Les hiboux auraient une autre allure si on leur cousait les ailes et les paupières» est la pensée malade qui traverse l’homme de tête, un jeune Sénégalais d’une beauté exaspérante, vêtu intégralement de vert.
«Elle frissonne. Si seulement elle avait deux peaux. Qu’en l’écorchant, on lui trouvait une autre peau, qu’il faudrait écorcher pour trouver la » est la pensée inachevée fulgurant la chargée de communication en chandail mauve, ongles longs savamment courbes vernis de vert bouteille, derrière l’homme. Légèrement à droite.
À ses côtés, le dépressif roux, nu, le corps frictionné de cendre humidifiée, a l’esprit traversé alternativement des mots « lui – elle – lui – elle».
À main droite encore, un enfant de six ans rampe à terre vers la proie, le cou vrillé vers le haut, et se dit « Il est quatre heures. Il faut goûter».
Le cercle continue ainsi et se resserre autour du sujet, abandonné par l’ascenseur au plancher du Naurne qui, à cet étage, est fait de mousse et de varech.

nous vivons dans l’attente – avons tant attendu – tant de temps à attendre
les pensées dans le cercle continuent de tourner, de se superposer, de s’envahir l’une l’autre
elles commentent ce qui va se produire à présent, se produire au présent dans la toute dernière niche
qu’il est grise – qu’elle est fin – que sera-t-on après
et aucun d’entre eux n’a peur, aucun ne craint l’interruption, l’échec, la remise à zéro
c’est que la scène, déjà, s’est maintes fois répétée
qu’à sept, à cent reprises, la cérémonie a échoué
que seule la dernière s’avérera la dernière
qu’est-ce qu’il y a là-dedans – quelle couleur – quel saveur
dans la cour du Naurne le vent pris râle en tourbillons serrés,
se frotte contre les murs,
fait bouger les carreaux,
fait tourner la girouette
étêtée
qui, de là où elle est,
ne voit du monde que des masses grises, grises, grises encore, se succédant, rapides, dans les grincements aigres de la tige métallique

Les murs n’ont pas d’oreilles.
Ils ont des bras, des mains, des yeux.
Je n’entends rien mais palpe et sens.
Je suis écartelé.
Où sont-ils ?
Tantôt rampant, tantôt flottant.
Les autres s’apprêtent à égorger la fille comme l’agneau.
Ils s’en approchent puis s’en éloignent.
Les nôtres s’agrippent déjà au pantalon du garçon.
Près, si près.
Le souffle des deux offrandes concurrentes se confond, m’assourdit, s’éloigne.
Où sont-ils?
Les pas des nôtres et des autres, feutrés tantôt, résonnent soudain comme le claquement d’une langue de cheval au fond d’un puis.
Les disparus – L’architecte, l’ami. Le prêtre, le solitaire – reparaissent, s’attardent.
Les présents – Sofreco, White Knights – me quittent.
Dans l’ancien manège à chevaux, la lourde roue se met en branle et tourne.
La pompe du vieux bassin aspire, expire, en boucle. Comme si Alba et les autres refluaient.
Je ne suis plus tant un centre qu’au centre.
Il faut tuer le garçon. Seul cet acte importe. Qu’il se répète ou non. Il faut tuer le garçon. Il est en bas.
Tuer le garçon.
Lorsque la cloche sonnera, il faudra