#4 « Le Naurne

JEAN-LOUIS: «À un moment ça ne passe plus, comment dire, j’ai plus la place pour avancer à quatre pattes et le haut du tunnel, il n’arrête pas de s’abaisser.» Il boit une gorgée. «Si je veux continuer il faut ramper, que je frotte ma gueule par terre limite, que je me couche sur la brique froide les bras en avant, avec les genoux qui frottent. Je sais pas d’où vient la lumière, mais je me souviens de la promesse qu’ils m’ont faite, le lac qui brille sous le croissant de lune, la clairière et le chevalier blanc.» Il boit une gorgée, s’essuie la bouche. «C’est comme si je pouvais déjà voir tout ça. Je me tortille, c’est vraiment étroit, et de plus en plus, je m’écorche les mains, j’ai mal partout, la pierre dessus, dessous, tout autour, ça serre aux épaules, ça m’écrase le torse.» Il boit une gorgée. «J’avance encore. Je pense aux étoiles très blanches, à leur reflet dans l’eau, à leur promesse de vie.» Il boit une demi-gorgée, repose le trois-quarts vide, s’essuie la bouche. «Et à un moment je ne peux plus avancer. Il n’y a plus la place. J’essaie de me retourner: ça ne marche pas. Je respire très mal. Pousse sur les bras pour me faire reculer. Ça ne marche pas non plus. La lumière s’éloigne, le lac, c’est comme s’il n’avait jamais existé. J’ai mal. Je mets très longtemps à me réveiller.»
SERNIN ne dit rien. Il se demande ce qu’on lui a raconté au sujet de Melchior et s’il a vu dans quel état son chien avait fini. Du haut des toits il voit les cours, les grilles d’accès télécommandées, les autos des résidents, la camionnette de l’agence de nettoyage, l’horloge monumentale arrêtée sur 3h10, la crête aiguë des murs d’enceinte. Au-dessus encore, les façades des immeubles du quartier, les tours, plus hautes deux fois, trois fois, que les pignons du Naurne, et découpées en noir sur le ciel gris.

SOFRECO — Fiche de paie novembre et 13e mois — ‘Veuillez trouver ci-joint le décompte des heures travaillées au cours de la période allant du 1er au 31…’

Université & Pôle de Recherche XXXXXXX — Accès à la base de donnée en ligne SmartEdu — ‘Bonjour serninm. Merci de votre réinscription. Votre nouveau mot de passe est…’

FAMÍLIA ORTEGA — Notre fille Camila — ‘Monsieur, nous vous prions, par la présente, de mettre aussi rapidement que possible un terme à toute relation que vous pourriez avoir noué avec…’

Julie Legrand — Probleme de prostate: retrouvez des nuits pleines et reparatrices — ‘Nous signaler un abus de votre adresse email aura plus d’effet que de le signaler en indésirable…’

PRL Info — Physical Review Letters – Current Issue — ‘Transmission Eigenvalues and the Bare Conductance in the Crossover to Anderson Localization, Zhou Shi and Azriel Z. Genack…’

WK — (no subject) — ‘NE CROYEZ-VOUS PAS QU’IL SERAIT TEMPS DE VOUS METTRE AU TRAVAIL? NOUS SAVONS OU VOUS ETES. NOUS SAVONS CE QUE VOUS FAITES. SURTOUT NE DOUTEZ PAS DE…’

André — OBrother — ‘On peut savoir ce que tu fous? Pas de FB depuis trois mois, t’es devenu ermite? Sérieux, fais signe, j’en connais des qui flippent et que…’

Myriam Da Costa — Re : publis en ligne — ‘Lorrain a demandé de tes nouvelles il paraît que je suis censé en avoir. Je sais que tu as reçu mon dernier mail alors arrête de…’

Vodafone Telecom — Confirmation pour votre recharge référencée 17567-45307 — ‘Bonjour M./Mme./Mlle MASSÉ Sernin. Cet e-mail confirme que nous venons d’enregistrer…’

SOFRECO — Fw : Livraison de la première tranche — ‘La Société SOFRECO est heureuse de convier ses partenaires à la fête organisée en l’honneur de l’achèvement des travaux…’

La grue. Tresse de métal aux contours flous parce que nuit. Gyrophares stridents. Tu te masses les yeux (tu: crâne croûté). Tu ne dors pas. Les gyrophares de grue percent nuit. Comme perce-neige. L’hiver (cauchemar) est transpercé. Et les gyrophares… Et les cris stridulants des feux oranges… Et bien printemps. Avec la violence du tranche-neige, le réveil empale le sommeil et maintenant – réveil migraine – tu es là tu te masses les yeux, le crâne croûté – tu as oublié ton hijab – les cernes noires et bleues…
Et maintenant tu regardes à l’envers les étoiles et tamponnes tes plaies de cuisse dont certaines saignent encore adhèrent au jean…
Et maintenant, là, devant la grue carapace qui peine et crache et sue, maintenant
Maintenant, hors cauchemar, tu…
— Monsieur? (Des doigts froids sur ton épaule mal vêtue.) Monsieur?
Une voix fripée de sommeil de riche de femme. Tu te retournes et tu
Blonde à l’enfant madone crispée nourrisson presque au sein bébé pompe yeux bleus couleur piscine.
— Je ne suis pas un monsieur. J’ai juste mauvaise mine.
Madone blonde sourit toujours. Ni surprise ni embarras ni excuse.

Question sur grue.
Et te regarde profondément. (Perce-nuit.)
Et alors tu expliques.
La grue extrait le bloc de béton.
Quoi?
Le bloc de béton obstruait les égouts.
Puanteur?
Oui.
Pourquoi la nuit?

{La nuit obstruait la puanteur et d’ailleurs la nuit tous les monsieurs sont dames et vice-versa c’est des vrais yeux? Vos yeux. Des vrais? Et l’enfant? Il bouge pas.}
Mais non. Tu dis juste quelque chose sur l’urgence et la pollution de l’eau et c’est tout et la femme reste devant toi comme si tu allais cracher plus mais non mais elle reste.

Gyrophares.

Longtemps immobile. Elle rehausse l’enfant lourd sur son épaule et te tend…
Mais mari vient. Et enfant plus grand regard sévère.
Et partent à quatre, une autre langue.

Grue grince.

Tu restes. Béton extrait. Après quelques crépitements et va-et-vient de bandes réfléchissantes sur casques et brassards, la nuit retombe.

«Sous la chaux, la lèpre».
Nisrin longe les fenêtres fumées.
Le haut quartier des riches. Elle y va peu. Ils préfèrent être en contact direct avec
Dans les vitres, son profil cassé, que vous connaissez bien maintenant; le mur d’enceinte; le ciel derrière-au-dessus; et, calés entre des bouts de ciel blanc déteint, quelques immeubles épars.
Jaunis avant d’avoir été beaux. Décatis avant d’avoir été neufs.
Les voisins.
Le Naurne, c’est la canopée. Il empêche d’arriver au ciel. Mais le remplace. Mollement. Paradigicodes et dalles de marbre. Et brossé. Brossés le métal et le zinc qui fait industriel. Plaqué or la sonnette du loft d’en haut. Et herses.
Herses chromées palpitant devant des voitures coffres-forts dont les reflets, comme des obus…
Non. Les couleurs n’existent pas. Donc elles reflètent…
Non. Ça se ricoche de partout et Nisrin passe gorge serrée sans regarder, le bidon de White Spirit à la main, pour la première fois dans ce Naurne qui l’ignore car ils n’aiment pas être en contact direct. Où ces gens crèchent comme dans un pigeonnier. Délivrent, le matin, dans leurs véhicules-savonnettes dont les couleurs n’existent pas, Dieu sait quel message à Dieu sait qui. Et reviennent. Messages boulets. Enroulés autour de leur cheville gracile de bêtes malheureuses en station debout. Les riches du Naurne sont des fantômes écossais qui s’ignorent. Et donc Nisrin avance en ignorant – aussi – son image décuplée et le ciel qui n’en est pas un mais un postiche d’éternité gris.
Gris.
Et là, dans la cour – intérieure – sur le mur, face à la herse ventricule électrifiée contre les VOISINS – extérieurs – des mots. Une phrase gigantesque à la graphie droite et utilitaire comme pour écrire STALAG.
«SOUS LA CHAUX, LA LÈPRE».
Nisrin pose le bidon par terre et le regard sur la clique de voisins qui la mate du toit d’en face. Nisrin connaît les cliques. Elle frotte ses yeux et enfile ses gants. La clique siffle. Nisrin frotte et s’intoxique et réfléchit au sifflement et plus elle y réfléchit plus il devient comme la jungle, puis le train, puis la sirène de la prison puis le sourire aigu de la femme blonde.
Nisrin s’affaisse dans une flaque. Tout son poids sur ses deux genoux. Hésite entre vomir et s’évanouir. Puis s’évanouit.

SERNIN cherche à répondre aux parents de Camila: il écrit trois messages qu’il sauve dans les brouillons et passe une mauvaise nuit. La porte de communication entre les deux salles de bains est fermée. La serrure obstruée de gris, comme de la pâte à bois. Le lendemain, il retourne au cybercafé pour effacer. «Je ne sais pas où est votre fille», écrit-il. Quand on tend l’oreille, on n’entend que les raclements, les bruits dans les sous-sols, le chantier des canalisations. SERNIN n’a pas rêvé. Aucun de ses rêves ne ressemble à ça. «Je ne sais pas qui est votre fille», écrit-il. Sélectionner. Supprimer.

Sur le fond d’écran au pâturage vert acide, au bleu miraculeux, le compteur des crédits restants clignote (31 minutes). À travers la vitrine, on voit un bout du Naurne, encore, et des tours. Taggué sur une benne à verre «NON AUX CENTRES FER-» Du concentré de thé recuit sur le charbon d’un samovar. Le froid, par bouffées, souffle de la porte entrouverte.

BOUALEM: «Vous pouvez pas rentrer, pas avec la bouteille, je suis désolé. Revenez demain. Vous êtes saoul, Monsieur Ulysse.» ULYSSE: «Bien sûr que je suis saoul. Pourquoi tu crois que je picole, sinon?» Il ressemble à un clodo, un peu à un hippie cramé. Un vétéran du Vietnam dans un film américain. Un poivrot, en bref. Sur l’écran, le compteur passe à 30. Des regards croisent. Le type oublie de s’en aller: «Mais c’est le nouveau maton! Ça va comme tu veux? Tu me remets? Tu bois un coup?» BOUALEM: «S’il vous plaît. N’embêtez pas les clients, Monsieur Ulysse. Rentrez chez vous.» BOUALEM dit s’il vous plaît, mais c’est plus que-ça-te-plaise-ou-non. «Ouaf! Ouaf! Ouaf!» aboie l’autre. Postillonne l’autre sur le verre de la porte qui ferme.

SERNIN regarde, dehors, leurs bouches fumer, le trouble-fête finir par tourner les talons, reprendre le chemin du Naurne. 28 minutes, encore, de campagne ensoleillée. «Je ne comprends pas de quoi vous voulez parler.» Sélectionner. «Je vous prie de me laisser tranquille.» Sélectionner. Supprimer.

ULYSSE: «Marrant ça, maintenant j’ai une fouine, en plus du rat mousse. Eh ouais, la fouine, c’est toi! Fouine, fouine. Tu renifles une piste, hein? Tu t’es trouvé un terrier? Et peut-être bien qu’il y aura un os tout au fond, peut-être un truc à remonter, à croquer? Allez, bois un coup, fils: quand ça pique le nez, ça couvre jusqu’aux odeurs de merde. On est au plus près, ici, des égouts comme de la surface. Ça t’épate que je sois là, hein? Ça te scie de jamais avoir vu mes traces? C’est que tu te prends pour Rox et Rouky, mec. Tu te prends pour putain de Croc-Blanc! Ouah! Ouah! On t’entend penser à trois pas, gamin, mais compte pas sur moi pour t’aider. Tout le monde est déjà au jus. Vandervelde, la vieille folle, les chevaliers blancs. Même la clique du libraire sait où je perche. Tout le monde. Regarde, j’ai la TNT qui me sort par là, je peux mater dix-sept chaînes haute déf sans bouger mon cul de ce gourbi. Y a des boites d’œufs vides sur tous les murs et sous la moquette, ça m’isole et personne peut deviner quand je pique ma crise. Petit cafard fait plus de bruit que moi! Allez, bois un coup, ma crotte, sois pas si bouché, on dirait un mormon assis sur sa Bible! Tu peux me croire, j’en sais quelque chose, je suis comme toi, moi, tout pareil. En moins excité. Et plus malin, bien sûr! Je suis au courant de ce que je fais là, moi, je cours pas dans tous les sens. Regarde ces mains, regarde, si elles tremblent c’est de manque, pas de peur. Personne me fout la pression! Personne souffle dans mon cou. Ils ont cru me jeter, c’est moi qui les ai tous foutus à la porte! Accès interdit. Verboten. Passe une clope, je vais te dire, il faut faire gaffe à ce que tu rêves, faut verrouiller. C’est par là qu’ils entrent le plus souvent. Et pour la suite, tu sauras assez tôt. Tout peut descendre encore, tu crois quoi? J’ai une cave, dans ma cagna. Et en-dessous il y a mes fondations, et en-dessous… Mais faut pas que tu restes trop, petit, ma nuit finit toujours par remonter et tu serais pas content d’assister voir ça. Alors ciao et motus, hein? Chut-chut?»

Les rues autour suivent des tracés géométriques non-orthogonaux. Quartier, de tous les côtés, et trois avenues, puis des pavillons, un terrain vague parfaitement enclos, un garage au rideau de fer criblé d’impacts. SERNIN ne pense pas aux cristaux ou à la dualité, il ne pense pas aux potentiels harmoniques: pendant ses jours de congés il continue la ronde du dedans au dehors. Dix fois, sans la voir, il était passé devant l’enseigne. LE LIBRAIRE: «Dans l’oubli de mon corps et de tout ce qu’il touche je me souviens de vous dans l’effort d’un palmier.»

C’est un frais gringalet habillé en vieux beau, laqué derrière, costume de bringue froissé où flottent ses cinquante kilos. «Vous cherchez quelque chose de particulier?» «Je regarde.» SERNIN regarde. Neuf et occasion mêlés, fiction, poésie, documents, langues étrangères. Beaux livres aux reliures fauves ou crocodiles. À plat devant: L’Architaupe de Ronceraille, Impudique Mort de Rotluft, La Cité Phytominérale d’Eckart. Sur la dernière couverture, la grande porte du Naurne en eau-forte, ornée de mosaïques Art Nouveau ou arabo-andalouses. «Vous connaissez?» LE LIBRAIRIE regarde regarder. «Je découvre.»

La composition intérieure est rebutante: maquette tassée, impression fade. «Je travaille au Naurne». SERNIN ne sait pas pourquoi il dit ça. LE LIBRAIRE ne le lâche pas des yeux. Pose un index sur la page, éclat de chevalière. «C’était une clinique modèle, pour le corps et pour l’esprit. Pour l’âme. Il y régnait des principes d’harmonie mathématique et biologique.» SERNIN regarde où pointe le doigt, un pâté de textes, transcription phonétique de l’hébreux. «Nous avons une association, les Amis du Vieux Naurne. Vous devriez passer un soir, si le sujet vous intéresse.»

Salut Ahmed.
J’ai compris. T’en as rien à foutre de mes mails. T’es pas mort. Je le saurais. C’est ce qu’il a dit, le mâalem. C’est bon, vas-y. Continue ta petite vie d’avocat. Je te gêne. Tu m’as sortie de cabane pour me foutre au Naurne. Un juriste avec une sœur qui sort du placard pour aller à l’ombre. Ça la fout mal. C’est mon dernier mail. J’espère que tu le liras jusqu’au bout. Pas parce que tu me saoules. Juste à cause du Naurne.
La prison, c’est bizarre, mais normal. C’est des bastons normales, des humiliations à poil normales, des suicides normaux. Un corps pour de faux. Bref, le Naurne…
D’abord, les riches sont parqués comme des lions dans un zoo. Je t’assure. Avec des barreaux et tout. Des fois, on vient leur livrer de la bouffe et ils zonent. Et les voisins matent. Les voisins matent en se fendant la poire. Mais aussi limite nerveux. C’est quand même trop zarb cet enclos à riches au milieu de la zone. Comme si Michaël Jackson avait créché en bas de notre tour. Avec son parc d’attractions débile et ses singes savants et ses hippos peinturlurés.
Mais c’est pas le plus bizarre.
Personne ne deale.
Dans la zone en travaux, il y a de quoi faire. Mais je n’ai jamais vu personne. Nada. Pourtant, j’ai le flair, pour ces trucs. Et je dors mal la nuit. Rien. Alors que les Shit Night foutent rien. Ils sont même pas armés. Il y a des graffeurs qui persistent à venir, mais…
C’est l’autre truc zarb. Je commence à bien connaître les endroits que je brique (je brique pas trop la partie habitées ils aiment pas les Rebeus) et je suis sûre d’avoir effacé plusieurs fois le même graffe. Je veux dire exactement le même. Et parfois, l’inverse. Au même endroit il y avait deux graffes différents d’un jour à l’autre.
Et puis il y a du vandalisme. Apparemment, des types s’amusent à balancer des blocs de béton dans les égouts pour tout polluer.
Et depuis quelques jours, j’ai l’impression qu’on me regarde.
Et hier, on a frelaté mon White Spirit. On a mis un truc hyper toxique dedans. J’ai failli crever.
Et la nuit il fait vraiment noir.

1h56
On arrive à la section obstruée par le bloc de béton! Ils se sont enfin décidés à l’enlever! Champagne!

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2h18
On enchaîne sur un conduit parfaitement circulaire. Maçonnerie à caissons. Parois en béton creusé de niches rectangulaires. Classique. À part MagikMalik, qui a bouffé trop de soupe, tout le monde tient debout. Le casque de MagikMalik racle le haut et nous fait sursauter à répétions. «Petit chenapan» lui dit Zigor en lui tapotant la joue. Zigor est de la génération Lucky Luke. C’est elle qui fait les photos. Au journal de bord, comme d’habitude, votre serviteur LittleEgo. On marche le long du conduit. Au sol, un peu de vase engraisse les rails du système de curage automatique. Mais en général, c’est très bien entretenu. Le conduit n’est pas tout à fait rectiligne. On a l’impression de s’enfoncer profond dans un serpent interminable.

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2h32
Zorro trouve un collier accroché là, sous l’eau. Symbole bizarre. Un truc écrit en cyrillique dessus. Si vous avez une idée de ce que c’est, écrivez-moi! littleego@urbanus.alt

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3h07
On arrive enfin à un embranchement! Le conduit circulaire se partage en deux galeries plus basses, plus étroites et carrées. On hésite. À gauche ou à droite? Zigor propose un Amstramgram. On opte pour la droite. MagikMalik râle qu’il a mal au dos. Quelques centaines de mètres plus loin, on est bloqués par ce qui ressemble à un châssis de bagnole compacté et à moitié rouillé. On retourne sur nos pas.

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3h21
Après avoir à moitié rampé / pataugé dans la canalisation plate – nos pantalons d’égoutiers sont remarquablement étanches – on débouche sur une belle galerie en pierres de taille. Un peu ovale. Tout le monde est surpris de tomber sur un tronçon historique aussi loin en périphérie. On fait une pause café. Zigor actualise le plan. Bizarre. MagikMalik nous dit qu’il y a peut-être un établissement religieux ancien au-dessus. «Ben c’est pas sur la carte» réplique Zigor. Promis, chers lecteurs. On enquête et on vous dit tout dans quelques semaines. Et si vous avez des infos, vous savez où m’écrire!

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4h21
Zorro nous appelle. Une vieille échelle rouillée monte dans un trou au plafond. Mais un vrai trou. Creusé a posteriori. Comme quand le coyote pète un mur dans les dessins animés. Il a été rebouché par-dessus avec une chape en béton toute neuve et lisse. Pourtant, l’échelle est rouillée. Et le plus bizarre, c’est qu’elle descend aussi dans un trou dans le sol. Super noir.
Zigor note l’emplacement sur la carte et on se rentre. Ben oui. Y en a qui bossent demain!

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Elle se retourne face au lit ventre à terre. Elle se hisse sur les coudes les chevilles les bras ça craque.
Elle a soif.
Fermer les rideaux. Bloquer le ciel. Pour une fois trop clair pour l’assommer la stupéfier de blanc et voilà elle a soif.
Il faut boire on lui a dit. Quelque part les relents d’une radio filtrent des bavasses actuelles. Depuis la grue, la puanteur est partie mais les bruits sont revenus. La puanteur était une sainte chape venue d’entrebas et maintenant ces bruits de merde. Cette radio de merde ces pubs de merde où toutes les minettes sont connes et qui commencent toujours par chéri je suis trop conne j’ai pas compris et qui finissent toujours par chérie t’as rien compris il faut juste dépenser notre fric de merde gagné avec notre boulot de merde chérie t’es trop conne il faut que je t’explique il faut JOUER LE JEU
et les rats.
Ça crapahute les rats sont revenus la vie revient après la puanteur s’extasie Ulysse même les rats le problème c’est qu’il faut que je me lave.
La puanteur guérie, les gens reviennent.
Nisrin se penche sur l’évier – la bonde sent propre et vivant, ça change – et crache dedans.
Il faut boire.
Le White Spirit frelaté l’a tellement embuée qu’une serpisuaire lui enserre les tempes la bouche et le nez.
Une migraine la draine et l’assoiffe. Elle se sent désert et dune et engloutit des salves d’eau calcaire de robinet. Et absorbe. Et la soif reste. Quand on est du sable, on ne boit pas. On s’imbibe vaguement et on ne survit, minéral, que parce que l’eau n’existe pas vraiment.
Nisrin s’entrouvre la pulpe de l’index sur un tranchant de miroir brisé et regarde le rouge laquer la transparence argentée sans aucun plaisir.
Il faut boire.
Elle se souvient.
Elle s’appelle Livia elle vient de Baltique.
Perspective derrière Livia.
D’abord, Livia penchée sur elle, un verre à la main, une serviette mouillée. De près de biais. Un parfum ou une savonnette. Ses cheveux sont mouillés et moins blonds. Sa tête plus serrée sous ce casque presque roux. Une mèche dégouline sur Nisrin et fait pleurer sa joue pour de faux.
Derrière Livia, quarante-cinq degrés à droite, un bébé-pompe rampe avec un sérieux de serpent nu sans écaille.
Derrière le bébé, à l’écart, l’enfant sauterelle au regard sombre.
Et il tend les bras. Et dans les vapeurs du poison, Nisrin les voit devenir des dents et devenir des tentacules et devenir